Vingt mille lieues sous les mers, ou comment les notes illustrent

Le théâtre de la Renaissance présente du 6 au 10 octobre 2015 une adaptation du célèbre roman de Jules Verne. Le spectacle est mis en scène par Emmanuelle Prager qui mêle aux arts visuels la grande musique interprétée par les Percussions Claviers de Lyon sous la direction de Gérard Lecointe, directeur du théâtre d’Oullins. Une production de qualité qui nous replonge vingt mille lieues sous les mers.

Questions de fonds

JULESVERNE sans titre copyright Etienne Guiol
© Etienne Guiol

Le professeur Arronax part avec son fidèle assistant Conseil pour une expédition destinée à détruire un monstre qui terrorise les fonds marins. Suite à un violent combat ils sont fait prisonniers par le capitaine du Nautilus. Là commence une folle aventure qui va par-delà la raison. Le spectateur est embarqué dans un périple inattendu avec ce scientifique enjoué et profondément curieux, pris au piège dans cette prison dorée, sillonnant les mers et les océans du globe pour son plus grand bonheur. Au gré des courants on découvre avec les passagers du Nautilus des secrets insoupçonnés, on est attaqué par des indigènes et des calamars géants, on explore le pôle antarctique. On rencontre cependant peu de personnages dans le Nautilus. Ils apparaissent en ombre et disparaissent aussi vite. Conseil est là pour ajouter un bon mot de temps à autres, pour un échange banal avec le professeur. Reste le capitaine Nemo. Séduisant capitaine à l’âme noire et impénétrable, il aime l’art mais demeure imperturbable devant les navires qu’il coule et qu’il suit dans leurs agonies au plus profond des océans. Qui est donc cet homme qui a renoncé à la cohabitation avec les hommes sur terre ?

Nemo tient le cap’

L’histoire initiale est captivante mais la mise en scène l’est encore plus. C’est un véritable spectacle total qui associe les arts visuels, le théâtre, la musique et s’inspire de littérature. Un cocktail d’une richesse étonnante. La posture est originale. Les acteurs sont présents sur scène via des écrans. Ils sont trois à être incarnés : le professeur Arronax, Conseil et le capitaine Nemo. Le capitaine Nemo mérite une attention particulière. Ou plutôt il attire particulièrement notre attention. Les trois acteurs incarnent parfaitement leur personnage, mais on remarque ce capitaine hypnotique plus vrai que nature, le regard fixe, impassible. Toujours égal quelle que soit la situation. Chacune de ses apparitions nous laisse perplexe, en suspens. À la fois captivant et mystérieux il demeure insaisissable.

pcl

Flot musical

Pas de personnages en chair et en os dans ce théâtre. Ce sont les musiciens, voire même les sons qui montent sur scène et se présentent au spectateur. Les percussionnistes de Lyon en interprétant la grande musique de Debussy, Dukas, Roussel et Saint-Saëns donnent corps aux projections des acteurs et des dessins fixes ou animés. La musique prend le pas sur la parole et nous embarque à bord du Nautilus, fait ressentir au spectateur l’excitation, le calme et l’effroi des fonds marins. Les dessins, comme la musique et les acteurs font leur part de narration. Tous uniques et frappants. L’image est toujours juste, plus qu’un décor elle créé l’atmosphère et raconte l’histoire à sa façon.

Une production étonnante et dynamique grâce à l’interaction des différents supports qui nous transmet de manière éblouissante l’atmosphère du roman de Jules Verne. Une adaptation au plus près du texte, bel hommage à l’auteur qui était aussi dramaturge et féru de musique. Un spectacle comme un carnet de voyage dont le spectateur s’empare et ne pourrait plus se séparer. Une nouvelle adaptation qui respecte et enrichit l’œuvre, en gardant intact le mystère du Nautilus.

Anaïs Mottet

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