Une vision éthérée de la femme avec Le rêve des mouettes

La compagnie La Grange aux Histoires propose au théâtre de l’Atelier 44, tous les jours à 12h30, dans le cadre du festival d’Avignon Off, une pièce étrange et poétique, intitulée Le rêve des mouettes, une mise en scène de Silvain Pieplu, sur un texte qu’il a lui-même écrit.

Des rêves de princes charmants
C’est à l’Atelier 44, un charmant petit théâtre près du village du Off, que les trois comédiennes Inès le Poullennec, Ronit Maroni et Emilie Viè, jouent tour à tour des fillettes, des trentenaires, et cinquantenaires. La représentation se divise donc en trois tableaux, mais on peut toutefois regretter le manque d’évolution entre les différentes étapes de la vie de ces femmes. En effet, toutes trois – mais surtout l’une d’entre elles – semblent être caractérisées par un seul désir, celui de trouver un homme ou plutôt un prince charmant. L’une des femmes est transportée par l’idée qu’elle se fait de l’amour véritable, de la passion sans concession. Cet espoir, toujours déçu, est certes beau, mais il paraît voué à l’échec. Le fait que l’une d’entre elles poursuivent toujours le même but de vie n’entame pas d’ailleurs son évolution psychologique.

©Guy Bonnet
© Guy Bonnet

Parce-qu’elle désire un amour pur, et que ce désir modèle sa vie, cette femme nous propose d’ailleurs une piste de réflexion intéressante : un amour tel existe-il ? N’est-il pas dangereux de se repaître dans l’idée, peut-être l’illusion, d’un tel amour ? L’homme qu’elle appelle de ses vœux, avec ses « yeux couleur des astres », ne semble pas exister. Est-ce triste, qu’elle ne se rende pas compte de l’absurdité de ses rêves, où est-ce beau ? Cette pièce échappe aux codes dans le sens où elle pourrait être labellisée comme une pièce féministe, puisqu’elle discourt, finalement, des hommes qui déçoivent toujours les espoirs des femmes, mais elle ne l’est pas puisqu’elle n’est pas vraiment claire sur l’absurdité de tels espoirs. De plus, des tirades virulentes, durant lesquelles les comédiennes énumèrent, par exemple, les violences commises contre les femmes partout dans le monde sont présentes mais cette longue liste n’est étayée d’aucune conclusion logique. Non pas que l’on puisse conclure quoi que ce soit là-dessus, bien sûr, mais on s’attend à autre chose qu’un changement de sujet. Peut-être que finalement, la pièce, à l’instar de la chanson de Renaud qui la clôt, ne satisfera pas les féministes parce qu’elle propose une vision trop éthérée de la femme. Mais la musique est très adaptée à ce texte, et très dynamique quand il faut qu’elle le soit.

Ou une mise en garde contre de tels rêves ?
Ces femmes semblent elles-mêmes se perdre dans ce rêve unique, métaphoriquement et physiquement puisqu’elles ne trouvent plus leur chemin dans le brouillard, au bord de la mer. Elles ne deviennent alors que des voix, qui, recouvertes par celles des mouettes, crient leur solitude et leur envie de retrouver le chemin. Cette scène, pleine de questionnements et très symbolique, constitue sans doute le moment le plus intéressant du spectacle.
Malgré le talent des comédiennes, qui savent toujours trouver le ton juste, les dialogues n’en sont pas vraiment, même si l’amitié semble sincère. On a l’impression que la communication n’existe pas entre les personnages. Ceci permet d’aborder le thème de la solitude, présent au fil du texte. Et l’on comprend soudain ce désir d’être complété par un autre.
Bien qu’elle soit le havre de réflexions sociétales, la pièce est allégée par des pointes d’humour, notamment lors des transitions, très amusantes et créatives, entre les différents panneaux temporels.

Un spectacle étrange, que vous pouvez aller découvrir au théâtre de l’Atelier 44 !

Adélaïde Dewavrin

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