Voir les conflits proches et lointains à travers un autre prisme : Être là avec Amnesty International

La fête du livre de Bron 2015 qui se déroule du 4 au 8 mars à l’hippodrome de Parilly accueille cette année encore de nombreux auteurs. Six des quatorze dessinateurs de la bande dessinée Être là avec Amnesty international seront présents autour de l’initiateur du projet Christophe Dabitch : Christian Durieux, Benjamin Flao, Piero Macola ainsi que Guillaume Trouillard. Ils participeront à la table ronde du samedi 7 mars à 14h00 intitulée « Une certaine idée de l’homme ».

Mise en dessin de destins

Christophe Dabitch, à l’initiative de cette production en lien avec Amnesty International a proposé à quatorze dessinateurs de mettre en image les reportages de différents conflits dans le monde qu’il a effectué. À l’exception de trois d’entre eux (Piero Macola, Damien Roudeau et Zeina Abirached), aucun des dessinateurs n’ont été sur le terrain, l’objectif étant de reconstituer avec leur part de subjectivité à l’aide de photos, de portraits écrits et de témoignages le décor propre à chaque chemin de vie.
De nombreuses thématiques sont abordées à travers l’illustration de ces conflits. La reconstruction sociale de la mémoire des Desaparecidos en Argentine, les problèmes d’immigration en Grèce et plus largement en Europe, les femmes de Phnom Penh au Cambodge qui se battent pour sauver leurs biens, les sociétés qui déversent leurs déchets toxiques en Afrique et la maltraitance des femmes, la peine de mort au Japon et au Liban, les demandeurs d’asile en France, le commerce d’armes irresponsable dans le monde, le danger d’être intègre en Ingouchie, internet et la surveillance de Big Brother, le refus des Roms en France. Chacun des reportages illustrés met en valeur les thématiques principales liées à ces conflits, les droits de l’homme, les enjeux économiques qui passent avant les enjeux humains la plupart du temps.

Être-là : au delà du reportage journalistique

L’intérêt principal de cet ouvrage est qu’il nous permet de voir l’action concrète, le rôle des personnes travaillant pour Amnesty international comme les chercheurs et de comparer leur manière de traiter les informations et d’analyser le conflit, de voir dans les grandes lignes leurs méthodes et les raisons de leur engagement par rapport au travail de journaliste par exemple ou d’autres acteurs de terrains dans ces zones difficiles comme les militants autochtones. Les enjeux sont différents pour chacun d’entre eux, pour Amnesty l’important réside dans le fait de donner de la visibilité et de lutter contre l’analyse simplificatrice des conflits, mais aussi de prendre en compte les sociétés civiles et de comprendre les combats individuels par rapport au contexte politique plus général.
Être là met en lumière des aspects souvent passés sous silence, ignorés par le journalisme traditionnel, la mise en dessin nous transmets une sensibilité autre qui contribue à donner du corps à l’histoire. Le choix de Sergio Aquindo de présenter simplement quatre dessins accompagnés des e-mails extraits de conversations réelles de grands industriels qui ont planifié de décharger leurs déchets toxiques en Afrique, complètement indifférents aux dommages pour les populations présentes. Les portraits de demandeurs d’asile faits par Damien Roudeau qui déploie sous nos yeux des histoires individuelles, une justice française pas si impartiale, et les paradoxes du fonctionnement de la société.

Ce reportage dessiné nous apprend et nous rappelle les actions mises en œuvre par Amnesty International contre la violation des droits de l’homme dans le monde ; à travers la sensibilité de chaque dessinateur le reportage prend de l’ampleur, les partis pris esthétiques permettent de rendre mieux que les mots la dimension humaine, l’importance de l’individu, de celui qui lutte mais aussi de celui qui a disparu. Être là est une évidence pour beaucoup, c’est un message d’espoir, un engagement pour l’être humain.

Anaïs Mottet

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