Le voyage autour de la vie de Peer Gynt, l’homme qui voulait être lui même

Au Théâtre Arto, la Compagnie théâtre en fusion présente la pièce Peer Gynt, l’homme qui voulait être lui-même du 7 au 30 juillet à 12h55 mise en scène par Xavier Béja d’après Henrik Ibsen dans le cadre du Festival Off d’Avignon. Un conte pour petits et grands devant lequel chacun trouvera matière à rêver.

Point de fuite ?

© D.R.
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Drôle d’itinéraire que celui de Peer Gynt. Ce personnage de conte norvégien, qui se cherche et parcourt le monde dans une fuite perpétuelle. Bien qu’accompagné de la pianiste Virginie Gros, Xavier Béja, le comédien et metteur en scène, nous conte à lui seul l’histoire de l’homme qui voulait être lui-même. Les autres personnages, essentiellement des femmes sont figurées par des étoffes de tissus qui, une fois utilisées sont déposées en fond de scène sur de hauts supports comme autant d’ombres planant autour de Peer Gynt. Tous les contes révèlent une part de notre humanité, un trait particulier. Ici, ce pourrait être la fuite du genre féminin. Peer Gynt commence par s’absenter pendant de longs mois loin de sa mère et de sa promise, puis il est charmé par une femme prénommée Solveig, son refus de danser lui brisant le cœur il s’enfuit dans la forêt en kidnappant son ancienne fiancée qui s’apprêtait à se marier avec un autre, qu’il laisse déshonorée sur le bord du chemin, avant de rencontrer la fille du roi des trolls qu’il suit aveuglément jusqu’au moment de l’évocation de la perte de sa liberté et de sa conversion possible à la vie de trolls, argument décisif qui signe sa nouvelle fuite. Solveig le rejoint dans la forêt, ils commencent à vivre une belle histoire et il s’enfuit plutôt que d’affronter la menace de la fille du roi des trolls. Dans son tour du monde, les femmes seront très présentes aussi, il se fera ravir son argent du temps où il était un prophète au pays des Baudouin et lorsqu’il rentre enfin chez lui après une longue vie de fuite il retrouve la belle Solveig, qui a vieilli bien entendu, mais qui a eu le mérite de l’attendre fidèlement. Il se rend compte alors que la fuite a été la pire erreur de sa vie. Sa belle lui pardonne et ils vivent un bel amour serein.

Voir le monde et revenir

© D.R.
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Si la fuite est le moteur de cette histoire, Peer Gynt nous fait aussi voyager aux quatre coins de la planète. La scène est conçue comme une boite à rêves. Tout rappelle les univers des contes et titille l’imaginaire. À jardin un piano faisant résonner les pièces d’Edvar Grieg. Douces notes qui participent à créer une atmosphère un peu magique. Au centre une vieille malle remplie d’accessoires qui nous font imaginer les aventures de Peer Gynt, à cour une chaise de bois sculpté. La musique s’échappe du piano alors que les accessoires sont un à un sortis de la grande malle. On change d’atmosphère, Peer Gynt se métamorphose à chaque fois, devient un autre sans jamais se rencontrer lui-même. Comble pour cet homme qui a eu plus de vies que Shéhérazade même n’aurait le temps de conter. Xavier Béja nous fait traverser le monde en le teintant de merveilleux. Chaque personnage évoqué prend toute sa place sur plateau et laisse planer son aura. La musique alimente le voyage et nous pénétrons dans l’univers de Peer Gynt. Cet itinéraire un peu fou c’est la quête de soi, dans son devenir adulte, dans son devenir autre. Peer Gynt symbolise la recherche de sa personnalité et de sa place dans le monde qui l’entoure. Il est cette voix qui dit que l’herbe est toujours plus verte ailleurs, que le rêve de devenir roi ou empereur est une quête en soi. Au fil de son voyage pourtant c’est la terre qui l’a vu naître qui le rappelle et c’est là qu’il retrouvera la paix et trouvera qui il est vraiment.

Homme égaré, impulsif et attachant, Peer Gynt malgré ses défauts et son problème manifeste avec les femmes, nous donne envie d’avancer avec lui sur les sentiers tortueux, pour nous perdre dans les méandres de nos vies possibles avant de nous retrouver nous-mêmes. Une quête de l’identité, un parfum d’enfance.

Anaïs Mottet

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