Wall Drawings : la création en direct au musée d’art contemporain de Lyon

Dans le cadre de l’exposition Wall Drawings, icônes urbaines, qui ouvre ses portes le vendredi 30 septembre 2016 au Musée d’art contemporain de Lyon, des artistes street-art du monde entier interviennent sur les murs du premier étage du musée et dans la ville de Lyon. Du 19 au 28 septembre 2016, soit durant les 10 jours précédents le début de l’exposition, le musée a ouvert ses portes au public pour la première fois en pleine période de montage.

Wall Drawings : une exposition de street-art ?

© Seth
© Seth

Avant même son ouverture officielle au public, l’exposition Wall Drawings, icônes urbaines a déjà de quoi faire parler d’elle. Les expositions de street-art provoquent bien souvent de nombreux débats. Est-il juste de retirer ce type de création à la rue ? N’est-ce pas dénaturer ce mouvement que de le faire entrer dans l’institution muséale ? Comment faire entrer une pratique extérieure à l’intérieur ? Autant de questions que le MAC de Lyon balaie avec cette exposition. Le titre, tout d’abord, exclut le terme de street-art. Ici, on parle de Wall Drawings, on parle de dessins sur les murs. On parle aussi d’icônes urbaines. Il s’agit effectivement d’œuvres murales qui n’ont pas pour vocation de rester. Éphémères, elles seront détruites après l’exposition, au même titre que les peintures aérosols qui colorent nos villes. Chacun des artistes est là pour délivrer son message, tout comme il le fait dans les rues de son pays ou à l’occasion de ses voyages.

Ce qui est intéressant, c’est qu’historiquement, le street-art a plutôt tendance à s’opposer à l’institution muséale. Son défi ? Rendre la parole artistique accessible à tous, dans la rue, au cœur de nos quotidiens et créer des messages parfois très forts auxquels vont se confronter chaque passant. L’avantage ? Briser la barrière élitiste qui peut être reprochée aux musées et aux galeries d’art. Au fil des décennies, le street-art prend de l’ampleur et se retrouve à faire partie de tout ce qu’il rejetait. Est-il juste de découper des murs sur lesquels a travaillé Banksy pour les vendre aux enchères ? Ces dessins, peintures, collages, affiches ont pour vocation de disparaitre presque aussi brusquement qu’ils sont apparus. Que ce soit parce que le mur en question est lavé ou parce que l’œuvre est remplacée par une autre, le street-art n’a pas pour problématique principale la conservation, comme cela peut être le cas pour d’autres pratiques artistiques. Et c’est selon cet axe là que le MAC de Lyon a orienté son exposition. Les dix artistes viennent à Lyon, interviennent, laissent le souvenir de leur passage durant les trois mois et demi que durent l’exposition, puis voient leurs créations effacées, presque comme s’ils n’étaient jamais venus.

Charley Case (Belgique), Franco Fasoli / Jaz (Argentine), Kid Kréol & Boogie (La Réunion), Addam Yekutieli aka Know Hope (Israël), Reko Rennie (Australie), Saner (Mexique), Seth (France), Teck (Ukraine), Elliot Tupac (Pérou) et Wenna (Chine) sont les dix artistes qui sont invités à créer à Lyon. Dix artistes, dix pays, une exposition aux couleurs internationales qui met en lumière autant d’influences qu’il y a d’artistes.

© Seth et Kid Kréol & Boogie
© Seth et Kid Kréol & Boogie

L’inachevé exposé…

Pendant dix jours, du 19 au 28 septembre 2016, le MAC de Lyon a décidé d’ouvrir ses portes au public. Les artistes arrivaient au compte-goutte, avançaient à des rythmes différents et travaillaient devant plusieurs dizaines de curieux qui se pressaient tous les après-midi jusqu’au jour de vernissage de l’exposition : le jeudi 29 septembre 2016. Le premier lundi ont eu lieu des scènes d’étonnement et, parfois d’incompréhension. C’était le premier jour et pourtant, certains visiteurs s’attendaient à voir une exposition quasiment « terminée ». En réalité, seule Wenna touche véritablement au but après avoir travaillé durant tout le week-end. Sa large fresque colorée impressionne. Elle travaillait vite, on la voyait s’attaquer à la façade du cinéma UGC en face du musée et son œuvre prenait forme très rapidement. Très présente sur Instagram, elle a posté l’avancée de ses fresques sur son compte un peu tous les jours. Elle n’était d’ailleurs pas la seule à partager son travail à Lyon sur le réseau social, la plupart des artistes le faisait.

D’autres arrivaient et commençaient à travailler, ce qui allait calmer l’impatience des visiteurs. Le mercredi 21 septembre, il manquait encore Seth, Saner, Know Hope et Charley Case. Ils sont tous arrivés les jours qui suivaient, à l’exception de ce dernier qui n’arrivait que le week-end, juste à temps pour le Wall Drawings Festival le dimanche 25 septembre 2016. C’était un événement mêlant artistes locaux et internationaux autour de DJ lyonnais dans une ambiance familiale et décontractée.

…Et le public aime ça !

Voir les artistes travailler plait beaucoup. C’est quelque chose de rare, on a plutôt l’habitude de ne voir que le résultat et non le processus de création. Ici, le MAC de Lyon propose une pré-exposition : l’exposition du processus de création, justement. Il est extrêmement intéressant de voir les œuvres prendre vie sous nos yeux. Chaque artiste a sa technique personnelle, ses matériaux, son style, son rythme, etc. Teck, par exemple, a commencé par peindre ses fameuses idoles sur de grandes feuilles de papier kraft. Il ne s’est pas contenté de faire des esquisses, il est allé dans le plus grand des détails. Le lendemain, il a remis ses feuilles au sol et a découpé des éléments particuliers dans le but de créer des pochoirs pour reproduire sa peinture sur le mur. Il prend son temps, prend des pauses pour réfléchir et avance tranquillement sous les yeux impressionnés du public. La précision de ses dégradés et ses traits fins et précis ont de quoi ravir de nombreux amateurs. Reko Rennie aussi n’avance pas très vite. Lui utilise un rétroprojecteur pour appliquer sur le mur ses motifs abstraits. À l’opposé, il y a Wenna, Saner ou encore Kid Kréol & Boogie qui avancent vite et impressionnent par leur performance. Jaz, quant à lui, travaille le collage au sol avant de transposer sa création sur le mur. Tous se montrent à la hauteur des espoirs suscités par la communication faite de l’exposition. En plus, il y en a pour tous les goûts.

© Seth
© Seth

L’initiative du MAC de Lyon, qui consiste à ouvrir les portes du musée en montage permet de donner une autre dimension à l’exposition. On connait désormais l’histoire des œuvres, la manière dont elles ont vu le jour et comment les artistes ont fait pour arriver à ce résultat. Ces dix jours portes ouvertes permettaient de répondre à des questions que le public ne s’était peut-être même encore jamais posé.

L’exposition Wall Drawings, icônes urbaines est à voir dès le vendredi 30 septembre 2016 et jusqu’au 15 janvier 2017 au Musée d’art contemporain de Lyon… et dans les rues !

 

Laetitia Sordet

2 pensées sur “Wall Drawings : la création en direct au musée d’art contemporain de Lyon

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