Will Eisner, le génie de la bande dessinée américaine

Le festival d’Angoulême est aussi le lieu idéal pour rendre hommage aux grands auteurs de bande dessinée à travers le monde. A l’occasion de cette 44ème édition, c’est à l’Américain Will Eisner que le Musée de la bande dessinée d’Angoulême a consacré une exposition. Du 26 janvier jusqu’au 15 octobre 2017, vous pourrez retrouver certaines des œuvres les plus connues de l’auteur qui aurait fêté ses 100 ans cette année.

Un précurseur de la bande dessinée américaine

C’est dans une musique inquiétante, habillée d’une lumière tamisée que s’ouvre l’exposition consacrée à Will Eisner. Né en 1917 à New-York et mort en 2005, Eisner est une figure majeure de la bande dessinée américaine. Maitre de la bande dessinée policière, il est l’un des initiateurs des romans graphiques ou graphic novels comme il les a lui-même nommés. Il a aussi été tour à tour auteur, éditeur et théoricien du 9ème art. Suivant un ordre chronologique, l’exposition présente ses premières études faites en 1934 à l’âge de 17 ans. Croquis et planches de bande dessinée en noir et blanc, il affirmera bientôt un style propre. Celui-ci est grandement influencé par l’esthétique des œuvres de son époque, comme la bande dessinée Terry et les Pirates de Milton Caniff sortie la même année, ou encore les films noirs des années 30.
En 1936, il fonde avec Jerry Iger le studio Eisner &Iger qui emploiera les futurs auteurs les plus connus de la bande dessinée américaine, comme Bob Kane, créateur de Batman. A eux deux, ils vont créer plusieurs séries dont Hawks of the Seas ou Sheena, Queen of the Jungle. En 1940 est lancé The Spirit dans un quotidien américain, fiction autour du personnage de Denny Colt, un jeune détective masqué. Cette série sera publiée régulièrement jusqu’en 1952. Il fonde en 1948 l’American Visual Corporation dans le but de produire des comics à destination de l’armée américaine.

Will-Eisner-2
© Will Eisner

Un artiste polyvalent

Les années 1950 marquent un tournant dans sa vie d’artiste. Son travail se diversifie et les thèmes qu’il aborde dans ses œuvres sont nombreux. A partir du début des années 1980, il enseigne à la School of Visual Arts de New-York. La plupart de ses cours théoriques sont rassemblés dans trois ouvrages publiés successivement entre les années 1980 et 1990. C’est aussi durant cette période qu’il publie la plupart de ses romans graphiques qui contribueront largement à asseoir sa popularité. Dans ces ouvrages en noir et blanc, il intègre de nombreux éléments autobiographiques. Ses personnages évoluent dans la ville de New-York, qui sert de décor macabre à des drames urbains. Publié en 1978, A Contract with God contribue avec Maus d’Art Spiegelman à populariser le roman graphique à travers le monde.
Will Eisner a, au cours de sa vie, touché à de nombreux styles. S’il a largement contribué au développement des Comics au début de sa carrière, il a par la suite développé un style plus personnel, marqué par des personnages plus complexes, inspirés par sa propre histoire. Les romans graphiques qu’il a publiés des années 1970 jusqu’à la fin de sa vie ont permis à la bande dessinée d’arriver à maturité et de révéler tout son potentiel narratif et graphique. Par ses enseignements il a également pu développer un support théorique et technique important pour les générations d’auteurs suivantes. Si l’exposition qui lui est consacrée présente son travail dans ses grands traits, on aurait aimé qu’elle soit plus diversifiée. Suivant un ordre chronologique, elle saute néanmoins des pans entiers de sa vie et son œuvre. On aurait également aimé qu’elle consacre moins d’espace aux planches de The Spirit.

Bien que relativement courte, cette exposition permet pour ceux qui ne connaissent pas encore Will Eisner de découvrir certains aspects de l’œuvre d’un des auteurs les plus marquants de la bande dessinée.

Guillaume Sergent

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *