Y Olé ! – Entre division et mélange des genres

Du 30 novembre au 4 décembre se jouait à la Maison de la danse le tout nouveau spectacle de José Montalvo : Y olé ! Une spectacle hommage, d’une part au Sacre du Printemps que tant de chorégraphes ont voulu reprendre, et d’une autre part au flamenco de son enfance. En gardant ce qui fait les caractéristiques de son travail, vidéo et mélange des styles de danse, le chorégraphe a créé avec cette œuvre une espèce d’OVNI, peu compréhensible. Tentative d’explication.

Un spectacle en deux parties…

Le spectateur entrant dans la salle de la Maison de la danse avait de quoi être surpris face à la lecture du programme de Y Olé ! ; en effet, entre les lignes, dans la catégorie musique, on pouvait voir apparaitre aussi bien la musique du Sacre du printemps, composé par Stravinski, que des chants espagnols ou encore des tubes anglais. Sans même que le spectacle ait commencé, on se demande comment tout cela va pouvoir s’agencer, ce qui est assez excitant. Mais ce sentiment retombe bien vite hélas. Pas de mélange en effet, car le spectacle se divise en deux parties. Une première d’une quarantaine de minute évoquant le Sacre du printemps, et une autre de vingt minute mixant chansons populaires et les chants venus d’Espagne. La première partie est donc un hommage à la fameuse pièce de Nijinski et Stravinski. Créée en 1913 à l’époque des ballets russes, elle fait scandale le soir de la première auprès du public. Depuis, de nombreux artistes s’en sont approchés : Maurice Béjart, Pina Bausch ou encore Walt Disney dans Fantasia. Chacun y met sa patte, et on ne peut pas dire que celle de José Montalvo soit inintéressante, au contraire. Sur la célèbre musique de Stravinski, les femmes dansent du flamenco et les hommes une forme de hip-hop. En fond de scène, un écran diffuse l’image d’un arbre, grandissant de plus en plus, jusqu’à la perte de ses feuilles. Pour rappel, la trame de l’œuvre originale se divise en deux temps, l’adoration de la terre, puis le sacrifice selon des rites païens russes. Grâce à la vidéo et au choix des danses, ces idées se retrouvent sur scène. Si elles sont moins puissantes en émotion que dans l’œuvre de Pina Bausch par exemple, l’ensemble fonctionne malgré tout et reste fidèle à l’univers originel de la pièce.

Puis arrive la seconde partie de Y Olé. Et c’est à ce moment-là qu’on se perd. En l’espace de quelques secondes, le Sacre s’efface complétement, laissant place à une chorégraphie plus ou moins similaire à celle de la première partie, avec un chanteur espagnol en plus. Mais il faut le dire, on cherche encore le lien entre ces deux parties, mise à part le flamenco qui s’impose davantage encore que dans la première. Le spectateur a l’impression d’assister à un avant-propos, un rappel, bref, quelque chose qui n’a pas vraiment sa place après sa réinterprétation du sacre. Dommage.

© Laurent Philippe
© Laurent Philippe

Et un spectateur divisé

Si le spectacle est divisé en deux parties, il faut avouer que la salle est, à la fin du spectacle, dans le même état. José Montalvo a en effet réussi sa réinterprétation du sacre, elle correspond à l’univers d’origine, tout en laissant une grande place à son univers personnel. Mais c’est peut-être là qu’est le hic. L’univers de ce monsieur ne plait pas à tout le monde. Particulièrement quand il est seul. En effet, le chorégraphe a très tôt fondé sa compagnie avec Dominique Hervieu (l’actuelle directrice de la maison de la danse d’ailleurs.) Ensemble, ils ont développé des spectacles joyeux, festifs, où la danse, quelle que soit sa forme et son style, était capable de rassembler les gens, artistes et spectateurs. En mixant toujours différents styles chorégraphiques et musicaux, leurs spectacles étaient toujours un moment agréable, sans frontières. L’utilisation de la vidéo rajoutait un effet comique et une dimension contemporaine plus qu’intéressante. Hélas, sans Hervieu, Montalvo perd un peu de sa superbe. La vidéo est principalement là dans un but esthétique, ou, dans la deuxième partie, pour nous perdre davantage. La communion a disparu, et on assiste à des performances où chacun reste dans son espace. La dualité homme-femme agace aussi quelque peu, et donne à l’ensemble un côté un peu bourru qui ne convainc pas.

Y Olé ! est un spectacle qui nous laisse donc quelque peu mitigés. Si la partie sur le Sacre du printemps fonctionne et intéresse sur plein d’aspects, il faut reconnaitre que l’ensemble manque quelque peu de rythme et construction. Ce qui aurait pu être volontaire au regard du Sacre original, mais on n’est pas sûr que la démarche ait été poussée aussi loin. Une jolie tentative en tout cas !

Y Olé ! de José Montalvo from Théâtre de Chaillot on Vimeo.

Marie-Lou Monnot

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *