Yaacobi et Leidental comment vivre quand on ne sait pas faire ?

Du 15 au 27 janvier 2015, le théâtre des Clochards Célestes accueille la Compagnie du Vieux Singe pour Yaacobi et Leidental de Hanock Levin mis en scène par Ophélie Kern, co-fondatrice de cette toute jeune compagnie lyonnaise qui a déjà trois pièces à son actif et qui débute donc cette année 2015 avec une pièce sérieuse au ton loufoque.

Une comédie de la gêne et de la manipulation

Yaacobi et Leidental est une pièce bâtie autour de trois personnages très particuliers. David Leidental, joué par Michaël Maïno, est incapable de vivre seul. Il ne peut vivre que par procuration. Cette vie lui est d’ailleurs procurée par son meilleur ami Itamar Yaacobi, joué par David Bescond. Mais ce dernier en a marre de lui, il a l’impression de végéter dans cette vie trop tranquille, il décide donc de blesser moralement son ami pour s’en détacher et démarrer sa quête identitaire. Il le quitte et rencontre une femme aux formes très généreuses qui savent séduire Yaacobi qui obéit au « droit naturel d’une paire de sein ». Cette paire de seins appartient à Ruth, interprétée par une Laurie Besson jouant à la perfection la femme fatale. Yaacobi, tout gêné car il n’a jamais parlé à une femme, ne sait pas comment l’aborder et elle, le comprenant assez vite, compte profiter de la candeur de Yaacobi pour se marier et fonder un foyer. Yaacobi ne sentant pas venir le danger fonce tête baissée dans cette histoire. Maintenant, il découvre vraiment ce qu’est la vie, puisqu’il a une amoureuse. Maintenant, il sent qu’il peut être heureux sauf que Leidental continue de le suivre. Si cette situation l’agace, ce n’est pas le cas de Ruth qui pense pouvoir tirer parti de Leidental qui se plaint de sa solitude et de sa vie sans but. C’est d’ailleurs parce qu’il ne sait pas vivre sa vie seul qu’il suit le nouveau couple partout. Lui non plus n’ayant jamais vu de femme tombe évidemment sous le charme de Ruth, « un fruit confit trop pourri ».Yaacobi-10
Leidental étant plus conciliant accepte son statut d’homme malheureux résigné qui vit par procuration, Ruth se sent rassurée, forte de sa domination physique sur les deux hommes tandis que Yaacobi vit mal la cohabitation avec Leidental qui lui rappelle sa vie passée. Mais la domination de Ruth n’est pas si parfaite, lui procurant une forme de gêne à certains moments. Leidental ne sachant pas se situer dans ce trio éprouve lui aussi de la gêne et réussit à nous faire ressentir de la gêne pour lui. Il attire la pitié du spectateur à la différence de Yaacobi qui n’attire que peu d’empathie mais est sans cesse gêné par la situation qu’il vit, ne sachant pas quelle position ou attitude adoptée. Tous les personnages multiplient les apartés avec le public pour nous expliquer leurs sentiments et presque chacune d’entre elles sont hilarantes ! Et au fur et à mesure on comprend que n’est pas manipulé celui qu’on croit…
Plus la pièce avance, plus la dynamique change, la gêne laisse place à la compréhension et les personnages murissent, inversant ainsi le rapport de force des personnages et la gêne laisse place à l’indifférence… Si les mimiques des acteurs renforcent le comique de la pièce, il faut souligner la qualité du texte qui nous livre de vrais morceaux de bravoure. Le texte d’Hanock Levin est puissant, drôle, riche et saura vous subjuguer, d’autant plus qu’il est servi avec une justesse et une qualité d’interprétation remarquable !

« Soyons objectifs, le sein ce n’est qu’une boule de graisse […] Libérez-vous de son joug ! »

Du cabaret sur scène !

Cette pièce se décrit comme une « comédie en 30 tableaux et 12 chansons ». Si on se fie à cette description, on pourrait penser que les chansons ne servent que d’intermèdes entre les différents tableaux, d’autant plus qu’un groupe est sur scène en plus des acteurs. Pourtant, force est de constater que cette mise en scène donne un rôle plus que central à la musique et à ses interprètes.
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Déjà parce que la musique est centrale dans cette pièce, ce n’est pas une comédie musicale bien sûr mais les chansons ne sont pas de simples ponctuations de scène, elle ne servent pas seulement à lier un tableau à un autre, elles incarnent la pièce ! Et ensuite, la disposition scénique donne une véritable importance à la musique. Si certaines mises en scène pourraient être tentées de faire chanter les acteurs eux-même, Ophélie Kern a fait un pari audacieux et gagnant en faisant chanté les chansons par un groupe et notamment par Claire Nicolas dont la voix puissante emporte le public et fait d’elle un personnage à part entière et pas seulement une voix qui se substituerait à celle des comédiens. Elle change de tenue selon la chanson pour montrer l’évolution de la situation et de son personnage. Le groupe auquel elle appartient, s’il est derrière un rideau et en fond de scène au début de la pièce, se retrouve de plus en plus central. Le groupe ne quitte pas l’espace qui lui est dévolu, ce sont les comédiens qui vont à lui, le décor se déplace vers les musiciens et la chanteuse qui les accueillent avec bienveillance à chacune de leurs interactions.

Chacun est excellent dans sa partition, si bien que les acteurs subliment les musiciens qui subliment les comédiens qui nous servent ce texte magistral avec brio. Un vrai régal ! Courez au Théâtre des Clochards Célestes, vous ne regretterez pas votre soirée…

Jérémy Engler

2 pensées sur “Yaacobi et Leidental comment vivre quand on ne sait pas faire ?

  • 19 janvier 2015 à 19 h 56 min
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    Très belle critique donnant l eau à la bouche…. Je cours voir la pièce
    Merci pour vos suggestions toujours fidèles à vos écrits
    Bravo et continuez

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