Yin et le dragon, tome 1 : le choc des générations et des cultures

Richard Marazano, auteur français passionné de culture chinoise, et Yao Xu, dessinateur chinois, forment la paire sino-française à la baguette de cet ouvrage moins enfantin qu’il n’en a l’air !

Un conte pour enfants

Comme de nombreux contes, cette BD place comme personnage principal, Yin, une fillette dont les parents sont morts et qui est élevée par son grand-père, représentant d’une Chine traditionnelle. Si lui tente de survivre tant bien que mal à sa situation de vieux pêcheur tout en s’occupant de sa petite-fille, elle respire la joie de vivre et l’enthousiasme naïf qu’ont les enfants de cet âge. Elle rêve d’aventures, d’être grande, d’avoir des responsabilités tandis que son grand-père veut la protéger des dangers de la vie. Mais comme dans tout conte, chaque situation initiale subit un retournement de situation ! Ici, alors que le grand-père part pêcher en pleine nuit, sa petite-fille se dissimule dans le bateau et aide son grand-père lorsque celui-ci pêche un dragon doré, abattu par le tir d’un destroyer japonais… Et voilà le merveilleux propre au conte ! L’apparition du dragon change la vie de Yin qui décide de s’en occuper jusqu’à son rétablissement, et si son grand-père est au départ contre cette idée, il se résout à l’aider bien qu’il ait peur que le dragon ne soit un mauvais présage…

Le lendemain, les Japonais débarquent sur la côte chinoise et prennent position de ce territoire et il devient difficile pour Yin de cacher son dragon. L’aidera-t-il ? Quel pouvoir a-t-il ? Les Japonais le découvriront-ils ? Toutes ces questions auront leur réponse dans les toutes dernières planches de ce premier tome.

©Marazano/Xu
©Marazano/Xu

Un monde terrible vu par les enfants

Comme dans tout conte, à chaque action merveilleuse, une catastrophe est liée. Ici, c’est l’invasion japonaise qui est annonciatrice de catastrophes et pourtant cette catastrophe n’est pas sensible. Si effectivement, on voit les Japonais tirer sur le dragon, en pensant qu’il s’agit d’un navire dont ils ne voient que la lumière, on ne les voit plus utiliser leurs armes ni tuer qui que ce soit. On a l’impression que la colonisation se passe en douceur, sans violence, sans effusion, sans même une rébellion de la part de la population conquise. Les Japonais ne sont pas des monstres et même si certains se conduisent comme des brutes et laissent entrevoir les dérives possibles et les massacres militaires, rien ne se produit, car les Japonais sont dirigés par un capitaine éclairé qui respecte la vie humaine et est adepte de philosophie. Au final, toutes les horreurs de la guerre qui s’annonce sont à peine perceptibles et si les enfants, à qui s’adressent cet ouvrage en priorité, perçoivent une tension, probablement qu’ils n’en mesurent pas toute la portée comme l’héroïne d’ailleurs. Elle vit des choses difficiles, entend des choses horribles, mais n’y prête pas attention. On sent le danger, mais elle semble s’en accommoder et en faire fi. Le dragon est tué par un obus, mais à aucun moment elle ou son grand-père ne se demandent d’où vient ce coup de feu, seul le lecteur comprend à ce moment-là que les japonais arrivent. Un peu plus tard, deux officiers japonais discutent et annoncent qu’ils ne sont pas là pour étendre leur empire, mais bien pour coloniser la Chine, éradiquer la population et y mettre leur semblable. Cette nouvelle laisse entrevoir des perspectives peu glorieuses, et alors que Yin entend cette conversation, elle n’y prête pas attention, ce n’est qu’un fait anodin dans sa vie. Ce n’est pas sa préoccupation actuelle et on aura le temps d’y penser plus tard… Seul le lecteur comprend que quelque chose de terrible se prépare, mais elle vit dans l’insouciance. Il faut que les nouveaux compagnons de Yin un soir attaquent le capitaine pour s’amuser pour qu’on voie vraiment une résistance à l’envahisseur et encore comme ce sont les enfants qui l’assaillent et qu’il en rigole, cette scène est dédramatisée. Les enfants ne pensaient pas forcément à repousser l’envahisseur ni à le tuer, tout ce qu’ils voulaient, c’était se prouver qu’ils étaient capables de battre un soldat en le prenant au dépourvu.

©Marazano/Xu
©Marazano/Xu

Un monde enfantin prêt à exploser, mais plein de vie

Tout est perçu de manière naïve et enfantine, il faut attendre la fin et la pleine guérison du dragon pour que Yin comprenne qu’effectivement son monde de petite fille est sur le point de basculer. Tout l’album nous y prépare, mais semble refuser cette réalité comme le montrent les couleurs très chaudes et criardes. Le noir est très peu présent et n’arrive qu’à la toute fin lorsqu’on nous annonce que le tome deux sera vraisemblablement moins idyllique que le tome un. Les traits des personnages ne sont pas très saillants et sont plutôt arrondis conférant à l’histoire et aux personnages une bonhommie qui nous place dans un monde plutôt protégé et un peu déconnecté de tout ce qui se passe. Preuve si besoin est que malgré toutes les horreurs qui nous entourent, on peut encore vivre et profiter de la vie.

Si l’environnement adulte semble annonciateur de grands chamboulements, le monde des enfants lui semble plein de promesses et d’espoirs. Finalement, cette bande dessinée ne serait-elle pas un message aux sceptiques et aux futures générations pour leur faire comprendre qu’il n’y a aucune fatalité et que malgré un contexte morose, il faut continuer à vivre… Reste à savoir comment les choses évolueront dans le tome deux qui sortira l’an prochain…

Jérémy Engler

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *