Le zoo de Pinocchio ou la ferme aux animaux de Goldoni

Du 12 au 16 avril, dans le cadre du Kingfestival de Velikiy Novgorod, en Russie, les italiens  de la Compagnia Drammatico vegetale, Pietro Fenati et Elvira Mascanzoni, nous donnent rendez-vous pour Le zoo de Pinocchio, du théâtre d’objets poétique et onirique qui propose de nous interroger sur la place des animaux dans Pinocchio de Carlo Goldoni.

Des figures de Gepetto

À l’instar de Gepetto qui voit sa marionnette devenir un petit garçon, on voit des objets prendre vie, des jouets devenir des animaux poussant des cris, ayant des sentiments, une guirlande devenir un serpent, un sac poubelle une baleine, la lumière d’un laser un cricket, une plume un poussin, etc. les deux artistes deviennent des Gepetto qui parviennent à donner vie à l’inanimé. Évidemment, utiliser des objets pour en faire des marionnettes n’a rien de révolutionnaire et les images qu’ils convoquent ont déjà été vues ailleurs pour certaines, pourtant tout fonctionne.

© Compagnia Drammatico Vegetale

La délicatesse avec laquelle il manipule les objets nous aide à entrer dans leur univers poétique et féérique, leurs gestes sont doux et la musique jouée en live par un violoncelle et une guitare participe à créer un climat de confiance et une complicité entre eux et le public. La musique convoque notre imaginaire et nous mène dans de mauvaises directions comme avec le serpent qui se glisse dans le lit de la marionnettiste sur une musique inquiétante alors qu’en réalité ils sont amis, suscitant évidemment la surprise et un sourire attendri.
Ils créent une atmosphère de bienveillance avec le public qui se surprend à voyager avec eux dans ce bestiaire qui ressemble grandement à La ferme des Animaux de H.G. Wells. Au départ, les animaux de la ferme sont en cage, avant d’être libérés et de prendre vie, les animaux ont une telle importance dans ce spectacle qu’ils éclipsent totalement le personnage de Pinocchio, dont l’étrange absence n’est pas gênante pour autant. Si au début, on se demande où est Pinocchio, on finit par ne plus s’en soucier tant ils parviennent à nous emmener dans leur conte.

Où est Pinocchio ?

© Compagnia Drammatico Vegetale

Si Pinocchio n’est pas là, pourquoi ce titre alors ? Justement, le titre nous donne quelques indices… En faisant référence au « zoo de Pinocchio », on comprend qu’on suivra l’histoire des animaux qui peuplent l’univers de Carlo Goldoni et non l’histoire de Pinocchio. Accompagnés par la musique jouée par Jenny Burnazzi et Andrea Carella, ils nous font découvrir l’histoire de ces animaux avant d’être capturés ou d’appartenir à l’univers de l’auteur italien.

Le spectacle devient alors une fable écologique qui rend hommage aux animaux, qui les met en avant et les protège, si bien que même lorsqu’ils sont amenés à faire partie du « zoo de Pinocchio », , les artistes continuent à veiller sur leur création… Ils les installent au pied d’un arbre, lui-même dans un pot et chaque fois que les artistes ajoutent un animal, ils arrosent l’arbre pour l’aider à grandir et une fois tous les animaux réunis dans ce pot, une fois bien abreuvé, Pinocchio, caché derrière l’arbre, duquel il sera fabriqué, apparaît et alors on comprend vraiment le titre. Cette attitude protectrice envers ce petit zoo/jardin rappelle la phase de Voltaire dans Candide qui dit qu’il faut « cultiver son jardin ». Nulle question d’éviter les vices que sont le besoin, l’ennui et l’envie, ici cette maxime nous invite plutôt à prêter attention aux petits détails d’une histoire, aux petits détails de la vie, que les animaux et la nature en général sont des éléments qu’il faut prendre en considération car ils ne sont pas qu’un bestiaire qui accompagne un héros, ils sont partie prenant de l’histoire et de notre vie !

Cette belle découverte italienne offre un univers poétique qui sans nul doute fera voyager petits et grands. Alors que les plus jeunes seront émerveillés de voir ces animaux prendre vie, les adultes auront peut-être envie de relire Pinocchio avec un œil nouveau et de prêter un peu plus attention à la nature qui les entoure…

Jérémy Engler

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